La maladie mentale introduit dans le couple une réalité particulière.
Elle ne se voit pas toujours immédiatement, elle ne se manifeste pas de manière stable, et elle ne se laisse pas facilement comprendre de l’extérieur.
Elle affecte à la fois celui qui en souffre et celui qui partage la relation.
Mais pas de la même manière.
Le couple se trouve alors confronté à une situation où le lien doit composer avec quelque chose qui ne relève ni d’un simple désaccord, ni d’une difficulté passagère.
Une présence difficile à saisir
Contrairement à une maladie somatique, la maladie mentale ne s’inscrit pas toujours de manière visible.
Elle peut apparaître par moments, se retirer, se transformer.
Elle peut prendre la forme d’une dépression, d’une anxiété intense, de troubles de l’humeur, ou d’autres manifestations plus complexes.
Cette variabilité rend la situation difficile à stabiliser.
Le couple doit s’adapter en permanence, sans toujours savoir à quoi s’attendre.
Ce qui était prévisible devient incertain.
Une altération du lien
La maladie mentale ne touche pas uniquement la personne qui en souffre.
Elle modifie la relation elle-même.
La communication peut se transformer.
Certains échanges deviennent plus difficiles, certaines réactions moins compréhensibles, certaines attentes plus complexes à formuler.
Le partenaire peut se retrouver face à des comportements qu’il ne reconnaît pas, ou qu’il ne parvient pas à interpréter.
Ce décalage peut fragiliser le sentiment de continuité du lien.
Entre soutien et épuisement
Dans ce contexte, le partenaire est souvent sollicité dans une position de soutien.
Être présent, accompagner, comprendre, contenir.
Mais cette position n’est pas sans limite.
À force d’être mobilisé, il peut s’épuiser, perdre ses repères, ou ne plus savoir comment se situer.
Il peut aussi éprouver des sentiments ambivalents :
de l’inquiétude, mais aussi de la colère, de la fatigue, parfois de la culpabilité face à ces ressentis.
Ces éléments sont rarement simples à exprimer dans la relation.
Une difficulté à distinguer
L’un des enjeux majeurs tient à la difficulté de distinguer ce qui relève de la personne et ce qui relève de la maladie.
Une parole, une réaction, un retrait — est-ce lié à l’état psychique du moment, ou à la relation elle-même ?
Cette incertitude peut troubler la perception de l’autre.
Elle peut rendre les échanges plus complexes, plus fragiles.
Le risque de réduction
Lorsque la maladie prend une place importante, le risque est que le couple se réduise à elle.
Les échanges tournent autour de l’état de santé, des symptômes, des périodes de mieux ou de moins bien.
Le reste de la relation peut passer au second plan.
Or, le lien ne peut pas se maintenir durablement s’il est uniquement organisé autour de la maladie.
La place de la thérapie
La thérapie de couple permet d’introduire un espace différent.
Un espace où la maladie peut être reconnue, sans être niée, mais sans occuper toute la scène.
Elle permet de redonner une place à la relation elle-même :
ce qui se joue entre les deux, au-delà du trouble.
Elle aide aussi chacun à retrouver une position moins enfermée :
— celui qui souffre, au-delà de la seule identité de “malade”
— celui qui accompagne, au-delà du rôle de soutien permanent
Maintenir un lien vivant
La maladie mentale ne se résout pas par la relation de couple.
Mais la relation peut être affectée par la manière dont elle est prise en compte.
Maintenir un lien vivant suppose de ne pas réduire l’autre à sa maladie, tout en ne la niant pas.
Cela implique de faire place à ce qui reste possible :
une parole, une présence, une forme de reconnaissance mutuelle.
Ce travail est exigeant.
Il demande des ajustements constants, une attention particulière à ce qui se transforme.
Mais il est essentiel pour que le couple ne soit pas entièrement absorbé par ce qui le traverse.

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